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« Je ne vais pas avoir de très bonnes nouvelles à vous annoncer » pour un design d’hospitalité

AYOUDJ Pauline
2019
Lycée des Arènes
Toulouse
Sous la direction de Charlotte Nouette-Delorme

Abstract
Comment peut-on penser un design graphique de l’hospitalité dans le contexte des politiques migratoires, là où persiste une crise de l’accueil ?
Avec l’écriture de mon mémoire je cherche à mettre en lumière la situation actuelle des jeunes exilés une fois arrivés sur le territoire français. Le non-accueil, l’absence de soins et de protections, les droits de l’enfant bafoués, les dérives d’un dispositif départemental d’évaluation défectueux, qui par manque de moyens et de places dans les foyers et centres d’hébergement laissent à la rue des adolescents avec tous les dangers que cet environnement implique. Les démarches administratives sans fin qui considèrent ces jeunes avant tout comme des étrangers plutôt que des enfants à protéger. En même temps que l’État recul dans l’accueil des jeunes exilés, des associations et des bénévoles pallient ces manquements. Mais alors comment s’organisent-ils ? Quelles sont leurs actions, les terrains de leurs interventions ? Qui sont ces acteurs qui agissent pour accueillir et accompagner les Mineurs Non Accompagnés ? Dans l’écriture du mémoire je vais à leur rencontre et je cherche à identifier leurs besoins pour ensuite déterminer la façon dont le design graphique peut accompagner, compléter leur travail auprès des jeunes éxilés. Nous développerons donc la notion de design d’hospitalité. Comment repenser un accueil plus digne ? Impliquant à la fois le premier accueil, la compréhension et l’activation de ses droits, la protection en obtenant le statut de Mineurs Non Accompagnés, mais aussi des problématiques plus profondes de l’ordre du soutien de l’accompagnement, de l’intégration, de l’échange et de la communication.

Méthodologie
À partir d’observation quotidienne, de mon environnement, j’ai été confronté à la situation des personnes en exil notamment des mineurs isolés, j’ai donc appréhendé les questions d’accueil et d’accompagnement des jeunes exilés. Mon positionnement de designer est issus de mon vécu, de ma position de citoyenne, d’une certaine sensibilité, d’un militantisme et un intérêt pour les questions concernant la crise de l’accueil en France. Ma première phase de recherches m’a permis d’identifier les besoins des jeunes exilés et de saisir quels étaient les potentiels interventions du designer graphique. Ces adolescents ont traversés et vécus les mêmes dangers que des adultes et leur arrivée sur le territoire français est de nouveaux une épreuve. Les conditions d’accueil sont quasi inexistantes, les démarches administratives confuses, on assiste à une politique de soupçon, alors que le doute doit bénéficier au mineur. Je suis alors entrée en contact avec des associations, comme utopia 56, aussi au delà de mes premières recherches, formelles issus d’articles, témoignages, tribune … j’ai rencontré les acteurs qui font parti intégrante de l’environnement des jeunes exilés, qui se mobilisent pour repenser un accueil plus digne. Ce travail m’a permis de relever les problématiques et les besoins des jeunes exilés. Une part importante de ma méthodologie a été de me rendre sur le terrain. Pour cela j’ai rencontré et travaillé tout le long de mon projet de diplôme avec l’équipe de Médecins Sans Frontières du centre de Pantin. Un centre d’accueil de jour pour les jeunes exilés qui se déclarent mineurs (en cours d’évaluation ou dans les procédure pour une saisine, une seconde évaluation). J’ai pu suivre l’équipe pluridisciplinaire dans son travail et ses interventions (en dehors du centre en allant à porte de la chapelle avec la clinique mobile de MSF : me rendre compte de l’extrême précarité dans laquelle sont plongés les personnes en exil et la grande vulnérabilité des mineurs, qui sont orientés alors vers le centre de Pantin). Le travail de l’équipe dans le centre, le premier accueil avec les interprètes et les rendez-vous avec la juriste, l’assistante sociale, la psychologue et la médecin. Assister aux rendez-vous m’a permis de relever les manques que pouvait ressentir l’équipe de MSF au niveau des supports, d’outils pour informer orienter et accompagner les jeunes. Le besoin d’être informé dans la durée, de comprendre, de mesurer (où est qu’ils se situent dans le parcours). Mais aussi passer du temps avec les mineurs isolés, comment leurs journées sont ponctuées. J’ai relevé une grande curiosité, une grande volonté d’étudier d’apprendre et de progresser, d’être intégrer de s’exprimer et de communiquer avec les personnes qui rencontrent mon arrivée et nos échanges ont été très facile malgré mon appréhension au début de la première rencontre. Mais j’ai aussi et surtout relevé l’ennui et le désoeuvrement qu’ils subissent à cause de leur statut et de la lenteur des procédures (pas de scolarisation, d’hébergement, impression de stagner). Mon terrain d’intervention ce limite au travail associatif et bénévole. Notamment durant la période de « suspension » là où le problème est d’autant plus important et là où l’État a décidé de porter des oeillères alors que c’est ici que se joue l’enjeu véritable de la problématique d’accueil des MNA. Les jeunes exilés se retrouvent en errance et sont piégés dans le labyrinthe administratif qui mène à la reconnaissance de minorité. J’ai alors cherché à définir la notion d’un design d’hospitalité grâce à cette méthodologie.